13 novembre 2006

Réaction au Sénat

Réaction au Sénat

Les textes suivants ont été présentés à titre de contribution personnelle à la réflexion des participants aux réunions hebdomadaire au Sénat coutumier à l’initiative du Comité Rhéébùù Nùù durant les mois de mars-avril 2005 ; essentiellement des représentants d’associations soucieuses du respect de l’environnement et des droits autochtones.


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Photos Mike Holsken

Réactions suite à la réunion au Sénat Coutumier du premier mars

Je me propose ici de donner mon sentiment plus qu’un réel compte rendu de cette réunion à laquelle je remercie Raphaël de nous avoir convié. Mon sentiment est nourri en outre par la participation à la réunion précédente, au sujet de l’usine du Nord et à la visite du site de Goro relatée dans Les Gogos.

Les sénateurs présents n’ont pas étés présentés et ne sont pas intervenus??? Malgré les invitations générales à prendre la parole. Les langues kanaks sont ardues ; leurs silences mystérieux…

Ce qui me frappe en premier lieu, c’est, dans les deux cas, l’absence criante des premiers concernés : les gens vivant sur les sites visés par les industriels, et la réduction du Comité en pointe pour la lutte à la seule personne de Raphaël. Réclamer un référendum pour faire s’exprimer des gens qui s’en foutent autant me semble une perte de temps.

Pour expliquer cette apparente indifférence, le fait que même les plus sensibilisées et les plus compétentes des personnes présentes ne disposent que d’informations parcellaires, voire approximatives, et ce fut le gros bénéfice de cette réunion d’avoir procédé à une mise en commun. Un enregistrement des débats audio – ou par prise de notes – devrait être prévu à l’avenir pour créer un document recueillant toutes ces informations, car, quelles que soient les difficultés causées par une nouvelle majorité aussi inféodée au Monstrueux Marché Mondial que le fût la précédente, nous devons absolument mettre au courant la population la plus large de la disproportion du projet d’Inco pour notre Kayou, du décalage qui existe entre la vision de ce qu’est le respect de l’environnement pour un industriel habitué à creuser des trous dans lesquels le Kayou tiendrait à l’aise et celle du pêcheur de Goro par exemple.

C’est une excellente idée de faire l’étude de ce qu’a apporté et détruit à Thio, par exemple, son passé minier sur les plans économique, culturel, environnemental, son impact sur la santé des habitants. Thio existe et peut s’observer plus facilement, avec plus d’objectivité qu’un projet futur. Surtout si les experts indépendant sont nommés par un Gouvernement qui soutient le projet et travaillent sur des bases fournies par Inco. C’est l’exemple admis de ce que l’on ne voudrait voir se reproduire nulle part !

Ce qui ne me rassure pas c’est l’ambivalence floue de Rhéébu Nùù :

Demander l’annulation de l’arrêté autorisant la construction de l’usine et, dans le même cahier de revendications, demander le respect des normes ISO par cette usine.

Qui, à l’heure actuelle, se fait fort d’être une entité portant les intérêts des Chefferies? La demande de ré-affectation du cadeau fiscal consenti à Inko à une telle instance apparaît comme une très maladroite invitation à se faire graisser la patte, acheter. Demander le respect des contraintes pour le développement durable est un non-sens ! Une montagne partie n’est plus ici, définitivement ! C’est en plantant des arbres, de la paille, et tous les autres ingrédients de la culture kanake que l’on peut envisager un développement durable et sauver cette culture par la même démarche. C’est trompeur d’aller réclamer aux gens de se mobiliser pour qu’Inko fasse du développement durable ! C’est impossible par définition comme l’a fait remarquer fort justement un participant que l’on ne peut suspecter de dilettantisme.Le Comité se félicite des actions en justice qui permettrons d’affronter les points de vue malgré la volonté de faire traîner les procédures de pratiquement toutes les administrations locales ou françaises. Le Comité est satisfait, et je le suis avec lui, du soutien d’ONG nombreuses mais il perd de vue que son objectif premier était de créer un électrochoc, une large prise de conscience. Le minime nombre de kanaks, les premiers concernés, présents aux deux réunions signe l’échec de ce côté-là. Un mode de communication contournant les médias officiels doit être envisagé pour mobiliser le plus largement une population mieux informée. Comme par exemple les panneaux de cartons à Saint Louis, bien meilleurs exemples que les feux de pneus dont le caractère écologiste n’est pas flagrant.

Dans le pire des cas, Inko s’installera si les gouvernants leur donnent assez de pognon avec la bienveillance des autochtones qui auront reçu assez de pognon de la part d’Inko et du gouvernement pour se radoucir sous l’œil désabusé des écologistes sincères à qui l’on concédera quelques réserves ornithologiques et un filtrage au bout du gros tuyau, en leur remettant une couche d’empêcheurs de développer en rond (dollars de préférence pour les ronds), d’ayatollahs de l’écologie, etc..

Pour moi, c’est le pire des cas, cela n’engage que moi !

Ce point de vue rejoint parfaitement celui d’un intervenant virulent, parti sur ses mocassins avant que l’écho de son coup de gueule soit retombé totalement.

Le Comité mégote en nous faisant croire qu’il y a des avantages à retirer de la présence d’une telle horreur sur le Kayou, qui puissent contrebalancer les effets négatifs.

Ce projet est nuisible sur tous les plans :

Économique :

Et oui, l’argument clef pour la création de cette usine est un faux argument. Ce capital minier, le minerai de nickel, ne risque pas la baisse au cours du prochain siècle raisonnablement, bien au contraire. Il n’y a qu’à attendre pour le voir tripler (ou quintupler qui peut le dire ?) dans ce laps de temps ! Il y a simplement à attendre qu’il soit devenu rentable d’exploiter tous les métaux présents dans le minerai pour limiter les déchets d’aujourd’hui qui seront la manne de demain. Quel est celui qui refuserait d’attendre pour s’enrichir, préférant aller suer sang et eau pour tout perdre ? Un sacré con ? Pardon, cela m’a échappé…

La compromission avec des industries polluantes rejetant des déchets toxique entravera irrémédiablement la vocation touristique de l’ensemble du pays.

Social :

Renouer avec la vieille technique de la traite d’esclaves est une honte. Les baraquements construits pour loger le sous-prolétariat prévu font penser aux villes champignons du far-west, sans que l’on nous explique où se situeront les saloons et les bordels ! Les autochtones, à quelques exceptions individuelles près, ne sont pas prêts à subir le choc culturel et économique : depuis le temps que les subventions coulent à flot, marées électorales obligent, la minceur du tissu économique créé sur Yaté prouve qu’on se montre encore incapable d’une gestion saine. Pourquoi se mettrait-on à avoir de bonne idées tout à coup. Déjà la manne de l’usine pilote à eu pour effet une généralisation des beuveries – même les femmes se saoulent désormais et les enfants ne sont pas épargnés parfois –, l’exacerbation des rivalités politiques, et chicaneries foncières endémiques sur Yaté depuis tant de temps que s’en est désespérant, la mise en compétition des gens pour obtenir à tout prix un emploi et donc les jalousies afférentes. Le Monstrueux Marché Mondial prête au riches pour qu’ils s’enrichissent encore en veillant soigneusement à maintenir leur pouvoir par l’abêtissement et la pauvreté des travailleurs, dans le monde entier ! Pourquoi en serait-il autrement ici ? Les usines ne feront que creuser, qu’accentuer l’écart entre les plus riches et les plus pauvres ! C’est le résultat universel de cette approche du développement dans le monde entier, il n’y a qu’à ouvrir une télé pour le constater ! Fossé au sein des tribus entre les travailleurs et les bons à rien, entre ces derniers et les cadres étrangers qui iront dépenser leur pognon ailleurs en grande partie, comme le font déjà bien des 5,5 et des fortunés locaux.

Éducatif :

Les formations spécifiques que l’on sert de façon démagogique, tout du moins publicitaire, de quelques spécialistes et cadres locaux enferme encore plus dans le tout-nickel! Une culture qu’il faudra bien abandonner si l’on veut gagner un tant soi peu vers un rapport plus harmonieux et respectueux des humains envers la nature… et des humains entre eux.

Culturel :

Qu’y-a-t-il de kanak dans ces bouts de manous et ces paquets de cigarettes manufacturés, dans ces billets de banques qui ont remplacé la natte et l’igname ? Et quand la construction de case commence chez le quincaillier ? Cette culture est déjà presque sinistrée dans le Sud. Quelle est la part de culture océanienne dans les luxueux fauteuils en cuir du sénat coutumier ? Un peu d’esprit de dialogue, de respect et de partage noyé par les pesanteurs des habitudes incomprises par la jeunesse. Sur la Grande Terre tout du moins, la culture kanak se fait broyer lentement mais inexorablement par l’uniformisation mondiale pognonique. Quand on aura lâché les champs pour l’usine, quand les fruits de mers seront toxiques et les poissons grateux, nous serons conviés à déplorer un anéantissement radical, la mort d’une langue, d’une philosophie de vie, de savoirs et savoir faire sans prix car uniques au monde. Qui peut résister au miroir aux alouettes de la consommation, du luxe, de l’argent facile ?

Écologique :

La mine de Ouiné est un exemple frappant de mineur satisfait d’avoir – alors qu’aucune loi ne l’y contraignait à l’époque et c’est plutôt à son honneur– d’avoir réalisé un énorme travail de lagunage pour la décantation des eaux de ruissellement forcement boueuses. Quatre-vingt pour cent de pollution bloquée annoncés ! Et la mer rouge jusqu’au grand récif à chaque grosse pluie, bien que la mine ne tourne plus depuis une vingtaine d’années !


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On a déjà une usine: derrière la fumée...

L’usine de Doniambo est un exemple d’établissement répandant sur une ville poussières toxiques, fumées entraînant un taux d’asthme record au vu et au su de tout le monde – sauf les aveugles évidemment. Les successifs responsables de l’environnement ont-ils étés recrutés parmi eux jusqu’ici ?

Et on veut nous faire croire que des gouvernants qui n’ont ni la motivation, ni les moyens de s’attaquer à cet état de fait, seront à même de dicter à une multinationale aussi puissante qu’Inco un comportement plus respectueux. Il faut être très naïf ou un peu fou pour le croire !
Respecter l’environnement pour un industriel, ou pour l’armée des essais de Mururoa ne veut pas dire la même chose que pour vous et moi ! On nous a expliqué lors de cette réunion que pour des raisons juridiques complexes, il suffit pour l’industriel qu’il n’y ai pas trop de morts tout de suite dues à ses installations pour qu’il soit satisfait, car quasiment intouchable juridiquement !

Tout comme veut l’être l’État français actuellement, en refusant de reconnaître les expositions aux radiations passées comme cause des cancers actuels de ses personnels et des autochtones. Bien des foyers tahitiens de cette époque nucléaire étaient agréablement décorés avec des posters de champignons atomiques et un silence féroce régnait au sujet des malades soignés gratuitement, bien loin des leurs, par l’Etat nucléaire à l’Hôtel Dieu, à Paris. Pourquoi ce silence ? Par peur que si on l’embête trop, la Nation généreuse cesse désormais de pourvoir aux soins des proches, et, encore pire que les essais cessent… On voit déjà dans le Sud des tee-shirts Inco… et presque ancun Yaté ne parle dans les réunions au sujet d’Inco. La Kué Buni polluée ainsi que la cascade de Goro, déjà, quand nous n’en sommes qu’aux préparatifs ! Une usine pilote et une ligne électrique qui sont déjà des déchets monstrueux !

Il n’y a que des naïfs, aveugles et sourds qui peuvent croire un industriel leur promettant zéro risque ! D’autant que le projet, en plus du tuyau des effluents liquides gavés de métaux lourds, sur lequel on braque avec hypocrisie la contestation des opposants manipulés avec science, comprend le remblai du trou avec des déchets solides qui seront impropre à l’agriculture car contenant trop de poisons ! La plus grosse réserve d’eau douce du Kayou polluée durablement ! Par ces temps de réchauffement climatique prévu, de grandes sécheresses annoncées c’est de l’écosuicide ! Et qui dit nappe phréatique dit eaux littorales, lagon…

C’est le message fort du seul participant lucide sur le sujet !

Importer et brûler les quantités de combustibles fossiles annoncées est d’une part dangereux (risques maritimes et portuaires, risque d’incendie spontanné dans le stock de charbon bas de gamme) d’autre part calamiteux quand la tendance est à la réduction urgente des émissions de gaz à effet de serre, gaz qui ne reconnaissent pas plus les frontières que... les eaux polluées.

En bref, je me positionne pour l’annulation pure et simple de ce projet, l’évacuation de tout matériel non-utilisable à des fins de développement durable, la récupération de ce qui est possible pour établir des stations de cultures, boisement et reboisement, des structures familiales agropastorales, favoriser le tourisme vert et tout autre activité durable n’utilisant pas de sources d’énergie polluante. Je soutiendrais toute association affichant clairement un objectif similaire et dénie par avance tout soutien à ce qui ressemblerait à un marchandage de l’horreur contre de l’argent.

Pour ne pas rester dans la stérile opposition, je préconnise l’établissement d’un centre d’expérimentation des technologies et techniques appropriées au développement durable. Des recherches, des applications, des formations, centrées sur l’amélioration du quotidien dans un cadre plus harmonieux.

La prolifération des squatts et les problèmes sociaux engendrés par les entassements bétonnés de nos banlieues poussent à l’innovation : des solutions modernes mais respectueuses de l’organisation spatiale océanienne doivent être trouvées pour recréer un tissu rural valorisant les ressources locales comme les habitants.


Ce jour là j'avais amené un peu de poésie calamiteuse...

Inko errant de par le Monde

Pour faire son travail immonde

Éventrer la belle planète

Pour s’emparer de son squelette

En broyant tant de prolétaires

Dans les usines de l’enfer !

Planète rouge sans fusée

Ici le mineur est passé !

 

Inviterons-nous ses collègues

Dans une histoire de bègues ?





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L'ermite et l'écrivain

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Un blog personnel sur les problèmes environnementaux futurs et actuels.

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Le projet industriel du Sud.


                                  
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